Clément Bergon en train de bâiller, avec le message « Réapprenez l’ennui ».

Entre deux réunions, vous disposez de quelques minutes. Votre premier réflexe est peut-être de prendre votre téléphone pour consulter un message ou regarder une vidéo. Et si vous laissiez parfois cet intervalle libre ? Apprendre à s’ennuyer, dans le sens de choisir un moment sans nouvelles sollicitations, peut devenir une manière de retrouver du recul.

Il faut toutefois distinguer deux situations : l’ennui subi dans un travail qui ne mobilise plus, et la pause volontaire pendant laquelle on cesse de remplir chaque seconde. Ces situations n’appellent pas la même réponse.

Apprendre à s’ennuyer : la vidéo

L’ennui au travail est un signal à comprendre

Un collaborateur vous dit qu’il s’ennuie. Vous pourriez en déduire qu’il n’a pas assez de travail. Pourtant, ajouter des tâches ne résoudra pas nécessairement la difficulté. Il peut manquer de défis, ne pas comprendre l’utilité de son activité ou se sentir perdu devant une mission trop complexe.

Le modèle MAC de Westgate et Wilson, publié en 2018, distingue deux dimensions de l’ennui : l’attention et le sens. Il décrit notamment le décalage entre les exigences d’une activité et les ressources disponibles, ainsi que celui entre l’activité et les objectifs auxquels la personne accorde de la valeur.

Cette distinction offre une grille de lecture utile au manager. Une tâche trop facile, trop exigeante ou dépourvue de sens aux yeux de celui qui la réalise peut demander des ajustements différents. Évitez donc de conclure trop vite à un manque de volonté.

Deux questions pour ouvrir le dialogue avec un collaborateur

Pour explorer la dimension de l’attention, vous pouvez demander : « Qu’est-ce qui te paraît trop simple, trop répétitif ou trop difficile dans ton travail en ce moment ? » Invitez la personne à donner un exemple précis.

Pour explorer le sens, essayez : « Quelle utilité vois-tu à cette mission ? Qu’est-ce qui manque pour que tu comprennes mieux sa contribution au résultat final ? » L’objectif est de découvrir ce qu’elle vit réellement.

Vous pourrez ensuite rechercher une réponse adaptée : clarifier le résultat attendu, rendre une mission complexe plus abordable, varier certaines tâches ou accorder davantage d’autonomie. Un feedback précis sur le travail accompli peut aussi aider à rendre les progrès et l’utilité de la contribution plus visibles.

Remplir chaque pause ne permet pas toujours de récupérer

Le téléphone est facilement disponible lorsqu’un moment de vide apparaît. Mais passer sans cesse d’un contenu à un autre n’apporte pas forcément le repos recherché.

Dans leurs expériences publiées en 2024, Katy Tam et Michael Inzlicht ont étudié le changement fréquent de vidéos et l’avance rapide dans les contenus. Dans les situations expérimentales concernées, ces comportements ont augmenté l’ennui et réduit notamment l’attention et la satisfaction. Ces résultats ne permettent pas de juger tous les usages d’un écran, mais ils invitent à questionner le réflexe de zapping.

Observez votre propre expérience : après quelques minutes de défilement, vous sentez-vous réellement plus disponible pour la suite ? Si ce n’est pas le cas, essayez une autre transition entre deux activités.

Choisir un peu de vide, sans en faire une obligation de performance

Le « vide choisi » désigne ici un moment où vous cessez volontairement d’ajouter du contenu et des sollicitations. Vous pouvez rester assis, marcher ou réaliser une activité simple, sans lancer systématiquement un podcast ou une vidéo.

Il ne s’agit pas de transformer chaque pause en exercice de créativité. Vous n’avez pas à produire une idée brillante après deux minutes de silence. L’intérêt est d’abord de vous laisser un espace dans lequel vos pensées ne sont pas immédiatement orientées par une nouvelle notification.

Commencez modestement : quelques minutes entre deux réunions ou une courte marche sans écran. Regardez ensuite si cette pratique vous aide à mieux identifier vos priorités. Adaptez-la à ce qui vous convient, sans confondre une pause ponctuelle avec la réponse à une surcharge de travail persistante.

Faire une place à la réflexion dans les réunions

Une équipe arrive en réunion après une succession d’urgences. Si vous demandez immédiatement des solutions, les premières idées risquent d’occuper tout l’espace de discussion. Vous pouvez tester un démarrage différent.

Présentez le problème en une phrase claire, puis laissez deux minutes de réflexion individuelle. Chacun note quelques pistes et les raisons pour lesquelles elles pourraient fonctionner. La discussion commence ensuite à partir de ces propositions.

Ce temps silencieux constitue une activité de réflexion structurée, plutôt qu’un moment d’ennui au sens strict. Il applique néanmoins le même principe pratique : arrêter brièvement les sollicitations concurrentes pour permettre à chacun de construire sa contribution.

Un essai simple pour votre prochaine semaine

Choisissez une transition quotidienne que vous remplissez habituellement avec votre téléphone. Pendant quelques jours, gardez-la libre ou utilisez-la pour marcher tranquillement. Notez ce que cela change, ou ne change pas, dans votre disponibilité.

En parallèle, restez attentif à l’ennui subi dans votre équipe. Celui-ci appelle un dialogue sur le contenu du travail, les difficultés rencontrées et le sens de la mission. Apprendre à s’ennuyer volontairement quelques instants ne signifie pas accepter un travail durablement vide d’intérêt.

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